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Numérique en santé : la France a les moyens de son ambition

Numérique En Santé La France A Les Moyens De Son Ambition

Le numérique en santé français vient de franchir une nouvelle étape. Avec la Vague 2 du Ségur du numérique en santé, dont les textes réglementaires sont publiés couloir par couloir depuis 2024 et jusqu’au début 2026, l’État engage une nouvelle génération de financements destinés à mettre à niveau les logiciels métiers de l’ensemble du système de soins. L’objectif est clair : des outils capables de moderniser en profondeur la façon dont les soins sont délivrés.

Une commande publique qui finance directement les éditeurs

Contrairement à un appel d’offres classique, le Ségur repose sur un mécanisme original : le dispositif « Système Ouvert et Non Sélectif » (SONS). L’État verse les financements directement aux éditeurs de logiciels, pour le compte des établissements et des professionnels, sans reste à charge sur le périmètre concerné (hors matériel). En contrepartie, les éditeurs font référencer leurs solutions par l’Agence du Numérique en Santé (ANS) selon des exigences précises d’interopérabilité et de sécurité.

La première vague (2022–2025) a permis d’équiper massivement le terrain. La Vague 2 prolonge l’effort couloir par couloir, hôpital, médecine de ville, imagerie médicale, biologie, officine, social et médico-social, avec des calendriers échelonnés. Pour le secteur social et médico-social, par exemple, le déploiement des solutions doit être finalisé avant le 15 mars 2029. Là où l’Irlande lance tout juste le marché public de son dossier de santé électronique national, la France en est déjà à industrialiser la montée en charge.

Un socle déjà en place : Mon espace santé

Au cœur du dispositif, Mon espace santé, le carnet de santé numérique lancé en février 2022, qui intègre le Dossier Médical Partagé (DMP). Quatre ans après, près de 97 % de la population dispose d’un profil, et plus de 420 millions de documents ont été déposés en 2025 par les professionnels et établissements, en hausse d’environ 40 % sur un an. Une nouvelle vague de déploiement, prévue de 2026 jusqu’à mi-2028, vise à mieux intégrer ces informations directement dans les logiciels des médecins, radiologues et établissements.

Mais le tableau a ses zones d’ombre. Le taux de comptes réellement activés reste de l’ordre d’un tiers, et les professionnels pointent de longue date un manque d’ergonomie et un temps perdu à trier l’information. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a même renforcé l’obligation, pour les soignants, d’alimenter et de consulter le DMP, une contrainte qui ne fait pas l’unanimité. Avoir l’outil ne suffit pas : encore faut-il qu’il soit utilisé.

La cybersécurité, condition de la confiance

La santé est l’un des secteurs les plus visés par les cyberattaques. Pour y répondre, le programme CaRE (Cybersécurité Accélération et Résilience des Établissements), lancé fin 2023, est doté d’une enveloppe globale de 750 millions d’euros d’ici 2027 (dont 250 M€ sur 2023–2025). Piloté par la Délégation au numérique en santé, l’ANS, l’ANSSI, la DGOS et les agences régionales de santé, il s’articule autour de quatre axes : gouvernance et résilience, ressources et mutualisation, sensibilisation, et sécurité opérationnelle. Concrètement, les établissements doivent réaliser des exercices de crise, auditer leurs accès à distance, se doter de plans de continuité et déclarer la part de leur budget consacrée au numérique. La cybersécurité n’est plus une option technique : c’est la condition de la confiance dans l’ensemble de l’édifice.

L’horizon européen : l’EHDS

Enfin, le cadre se joue désormais à l’échelle européenne. Le règlement sur l’Espace européen des données de santé (EHDS), publié au Journal officiel de l’UE le 5 mars 2025 et entré en vigueur le 26 mars 2025, instaure une circulation harmonisée des données de santé entre États membres. Son application sera progressive à partir du 26 mars 2027, avec des jalons ultérieurs en 2029 et 2031 selon les usages. Côté français, la stratégie consiste à s’appuyer sur l’existant : faire de Mon espace santé le point d’accès au dossier médical électronique au sens du règlement, notamment pour les soins transfrontaliers.

Le vrai défi n’est pas technologique

C’est sans doute le point essentiel, comme pour tout système national de santé numérique, le vrai défi n’est pas technologique : c’est un défi de transformation. La réussite dépend d’une gouvernance solide, de données propres, d’une interopérabilité réelle, d’une cybersécurité robuste et d’une implication authentique des cliniciens. Ce n’est pas un projet informatique mais il s’agit d’une refonte en profondeur du fonctionnement du système de soins.

La France a engagé le mouvement, et elle l’a fait plus tôt et plus largement que beaucoup de ses voisins. La question, désormais, est de savoir si le pays saura maintenir l’ambition, la constance et la patience nécessaires pour que les outils financés se traduisent en usages réels, et, en soins plus sûrs, moins d’erreurs, des décisions plus rapides et une meilleure expérience pour les patients comme pour les soignants. Lorsque l’information complète est disponible au point de soin, tout s’améliore. Encore faut-il aller au bout.

Lectures de référence et sources complémentaires :

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