Le sommet du G7, qui s’est tenu à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin 2026, n’avait pas la commande publique à son ordre du jour officiel. Les chefs d’État se sont concentrés sur l’Ukraine, le Moyen-Orient, les déséquilibres macroéconomiques et, surtout, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Mais c’est précisément sur ce dernier point que les acheteurs publics européens devraient s’arrêter : pour la première fois, une déclaration du G7 évoque explicitement les outils d’achat public comme instrument de politique de sécurité économique.
Un constat de dépendance, devenu politique
La déclaration adoptée à Évian part d’un diagnostic simple : les chaînes de valeur des minerais critiques sont concentrées entre les mains d’un nombre très restreint de fournisseurs, et cette concentration est devenue une arme. Sans jamais nommer la Chine, les dirigeants du G7 dénoncent des pratiques commerciales non conformes au marché et des mesures de coercition économique, notamment des restrictions d’exportation arbitraires. L’objectif chiffré qui en découle est inédit : ramener la dépendance à un fournisseur unique extérieur au G7 et à ses pays partenaires à moins de 60 % d’ici 2030 pour les terres rares et les aimants permanents, avec une ambition de descendre à 50 % dès que possible. Une cible qui devrait, selon plusieurs analyses parues depuis le sommet, s’étendre à d’autres minerais comme le lithium ou le graphite.
L’achat public comme levier de résilience
C’est dans ce contexte que la déclaration mentionne, parmi les instruments envisagés pour soutenir des chaînes d’approvisionnement résilientes, le recours à des outils d’achat public conjoints (« joint procurement tools »), aux côtés de mécanismes de diversification, de stabilisation des revenus et d’instruments commerciaux. Concrètement, cela signifie que l’agrégation de la demande publique entre plusieurs États, un principe déjà familier aux praticiens des accords-cadres et des centrales d’achat, est désormais envisagée comme un outil géopolitique, pas seulement comme un levier d’efficience budgétaire. Cette logique s’appuie sur l’Alliance du G7 pour la résilience et la production de minerais critiques, créée à Évian. Non contraignante mais ouverte à des partenaires extérieurs, elle vise notamment à favoriser des projets coordonnés par l’agrégation de la demande et la mobilisation de capitaux publics et privés. Les chiffres annoncés donnent une idée de l’ampleur : 195 projets et 64 milliards d’euros d’investissements déjà engagés depuis le début de l’année 2026 dans les chaînes de valeur des minerais critiques.
Ce que cela signifie pour les praticiens des marchés publics
Pour une fonction achats publique, trois points de vigilance se dégagent de ce texte :
- La traçabilité devient un critère stratégique – Le G7 s’engage à développer des mécanismes harmonisés de traçabilité, en commençant par le lithium et le nickel. À terme, cela pourrait se traduire par des exigences de traçabilité dans les cahiers des charges, sur le modèle de ce qui existe déjà pour le bois ou les minerais de conflit.
- L’agrégation de la demande sort du strict cadre budgétaire – Les outils d’achat conjoint, jusqu’ici justifiés par les économies d’échelle, sont désormais présentés comme un moyen de réduire une dépendance stratégique. Les centrales d’achat et les accords-cadres transnationaux pourraient être mobilisés à cette fin, y compris pour des composants liés aux minerais critiques (batteries, équipements électroniques, infrastructures énergétiques).
- Le risque fournisseur s’élargit – Les acheteurs publics qui sourcent des équipements technologiques, énergétiques ou de défense devront probablement intégrer, dans leurs analyses de risque, la concentration géographique de la chaîne d’approvisionnement en amont, un exercice qui dépasse la seule conformité réglementaire.
Une déclaration non contraignante, mais un signal à suivre
Il faut nuancer la portée immédiate du texte : l’Alliance créée à Évian reste non contraignante, et plusieurs propositions plus ambitieuses, notamment une régulation des prix des minerais portée par les États-Unis, ou un secrétariat permanent proposé par la France, n’ont pas abouti à un consensus. Des ONG et think tanks, comme l’IDDRI, ont également pointé le flou entourant la place réservée aux pays producteurs du Sud dans cette gouvernance.
Mais la mention explicite d’outils d’achat public dans une déclaration de chefs d’État du G7 est en soi un signal. Elle confirme une tendance déjà observable dans la réglementation européenne, le règlement sur les matières premières critiques, le Foreign Subsidies Regulation, où la commande publique cesse d’être un simple outil de gestion budgétaire pour devenir un instrument de politique industrielle et de sécurité économique. Les praticiens des marchés publics ont tout intérêt à suivre la déclinaison opérationnelle de cette Alliance dans les mois à venir, en particulier sur le volet traçabilité.
Lectures de référence et sources complémentaires :
Déclaration officielle (Élysée) – G7 leaders’ declaration on securing supply chains for critical minerals
The Tribune (ANI) – G7 unveils declaration to strengthen resilience of critical minerals supply chains
Climate Home News – Warning against ‘consumer club’ as G7 forms critical minerals alliance
World Reporter – G7 Summit 2026 in Évian: AI Regulation, Critical Minerals, and Global Economic Reform on the Agenda
https://worldreporter.com/g7-summit-2026-evian-france-ai-critical-minerals-global-economy
