La digitalisation des achats publics comme moteur de gouvernance
Une transformation numérique en cours
Au Maroc, la digitalisation de la commande publique s’inscrit dans une trajectoire de réforme engagée depuis plus d’une décennie, visant à moderniser l’action publique, renforcer la transparence et améliorer l’efficience de la dépense publique. À l’horizon 2026, cette transformation numérique constitue un axe structurant de la gouvernance des achats publics.
Le Portail des marchés publics marocain est devenu l’outil central de publication des appels d’offres, de mise en concurrence et d’accès à l’information pour les opérateurs économiques. Il permet une diffusion élargie des procédures, réduit l’asymétrie d’information entre acheteurs et entreprises, et contribue à la lutte contre les pratiques opaques. Cette digitalisation répond également aux recommandations des institutions internationales, notamment la Banque mondiale et l’OCDE, en matière de gouvernance financière et de gestion des finances publiques. Au-delà de la simple dématérialisation des procédures, les autorités marocaines cherchent à structurer un véritable écosystème numérique des achats publics, intégrant la planification, la passation, l’exécution et le suivi des marchés.
Le rôle moteur des institutions publiques
Les institutions publiques jouent un rôle déterminant dans l’accélération de cette modernisation. La refonte du portail achats de Bank Al-Maghrib, engagée dans le cadre de son programme de transformation digitale, illustre cette dynamique institutionnelle. L’introduction de modules dédiés au suivi de l’exécution contractuelle, à la gestion des engagements financiers et au contrôle interne permet d’améliorer la traçabilité des décisions et la fiabilité des données achats.
Cette évolution s’inscrit dans un cadre plus large de réforme des établissements et entreprises publics, où la digitalisation des fonctions financières et achats est perçue comme un levier de performance, de conformité et de maîtrise des risques. Plusieurs ministères et entités publiques expérimentent également des outils numériques de gestion des fournisseurs, de suivi des délais de paiement et de centralisation des données contractuelles. À terme, ces initiatives visent à renforcer la cohérence des pratiques entre les différents niveaux de l’administration, tout en améliorant la capacité de pilotage stratégique de la commande publique.
Défis structurels et montée en compétence
Malgré ces avancées, la digitalisation des achats publics au Maroc reste confrontée à des défis structurels importants. L’hétérogénéité des niveaux de maturité numérique entre administrations, la complexité de certains cadres réglementaires et la persistance de pratiques traditionnelles limitent encore l’impact global des outils digitaux. La montée en compétence des acheteurs publics constitue un enjeu central. La maîtrise des plateformes numériques, l’analyse des données achats, la gestion contractuelle dématérialisée et l’intégration de critères de performance nécessitent des formations ciblées et continues. Sans accompagnement humain et organisationnel, la digitalisation risque de se réduire à un simple changement d’outil, sans transformation réelle des pratiques.
Par ailleurs, l’adaptation du cadre juridique reste un chantier permanent afin de sécuriser les procédures dématérialisées, garantir la valeur probante des échanges électroniques et accompagner l’évolution vers des processus plus intégrés.
Une fonction achats en affirmation
À l’horizon 2026, la fonction achats publique au Maroc tend à s’affirmer comme un pilier structurant de la bonne gouvernance. Progressivement, elle dépasse son rôle administratif pour devenir un levier de transparence, de performance économique et de crédibilité institutionnelle. La digitalisation contribue à renforcer la confiance des entreprises, en particulier des PME, en améliorant l’accès à la commande publique et la lisibilité des procédures. Elle soutient également les objectifs nationaux de modernisation de l’État, de rationalisation de la dépense publique et d’attractivité économique.
Si les défis demeurent réels, la trajectoire engagée positionne la fonction achats comme un acteur clé de la transformation de l’action publique marocaine, à la croisée des enjeux de gouvernance, de performance et de développement économique.
Lectures de référence et sources complémentaires :
Portail Marocain des Marchés Publics, la plate-forme commune d’échange entre les acheteurs publics et les fournisseurs. https://www.marchespublics.gov.ma/pmmp/
Rapports annuels et publications institutionnelles https://www.bkam.ma/
Global Economy is Resilient, but Vulnerable Countries Lag https://www.worldbank.org/en/publication/global-economic-prospects?intcid=ecr_hp_headerA_en_ext
