Alors que les directions achats sont de plus en plus attendues sur leurs obligations RSE, ESG et CSRD, un nouvel outil de sourcing responsable est apparu fin 2025 en France : le label « Made in Banlieue ». Porté par l’association Quartiers d’Affaires et évalué par Afnor Certification, il vise à identifier et valoriser les TPE-PME implantées dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), un vivier économique important mais encore largement invisible pour les grands donneurs d’ordre.
Un label né en novembre 2025
Le label a été officiellement lancé les 27 et 28 novembre 2025, au Conseil économique, social et environnemental (CESE, Palais d’Iéna, Paris), à l’occasion du Forum économique des banlieues présidé par Aziz Senni, fondateur de l’association Quartiers d’Affaires. Il s’agit du premier label territorial dédié aux entreprises implantées dans les QPV à être évalué par un organisme certificateur tiers, en l’occurrence Afnor Certification. Le dispositif cible un tissu économique conséquent : la France compte 1 609 QPV, dans lesquels sont implantées environ 250 000 TPE-PME, représentant selon Quartiers d’Affaires 75 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé et près de 180 000 emplois équivalents temps plein. Ces entreprises restent toutefois peu identifiées par les acheteurs et peinent souvent à intégrer les chaînes de valeur des grands groupes et des acheteurs publics. Le référentiel a été co-construit avec plusieurs organisations professionnelles et institutionnelles : le Conseil national des achats (CNA), l’Association des directeurs et responsables achats (Adra), l’Association des élus de France (AEF) et l’Association des maires Ville & Banlieue de France, qui siègent aux côtés de Quartiers d’Affaires et d’Afnor Certification au sein d’un comité de labellisation multipartite chargé des décisions d’attribution.
Un référentiel structuré autour de 6 thématiques et 22 critères
Le label repose sur un référentiel de 22 critères répartis en six thématiques, évaluées selon la méthode PDCA (Planifier, Déployer, Contrôler, Ajuster) par un auditeur Afnor Certification :
Gouvernance : leadership et organisation en faveur du développement durable, relations avec les parties prenantes
Environnement : protection de l’environnement, communication interne et externe des enjeux environnementaux
Sociétal : ancrage local (au moins 25 % des collaborateurs domiciliés en QPV), égalité, diversité et inclusion
Achats responsables : politique d’achats responsables, transparence de la chaîne d’approvisionnement, sourcing local et durable
Innovation : capacité d’innovation, amélioration continue, satisfaction client
Cybersécurité et IA : protection des données, encadrement de l’usage de l’intelligence artificielle.
Sur le volet social, trois exigences concrètes sont mises en avant par le porteur du label : au moins 25 % de collaborateurs résidant en QPV, l’accueil d’au moins un stagiaire QPV par an pour cinq salariés, et un plan d’actions pour l’égalité professionnelle. Les entreprises qui ne satisfont pas encore à ces objectifs disposent, selon le référentiel, de 18 mois pour s’y conformer. Selon le site officiel du label, l’audit n’est pas conçu comme un contrôle binaire « réussi/échoué » : chaque exigence est notée sur une échelle de maturité, une moyenne de 50 % par thématique entraînant une labellisation automatique, et le comité pouvant statuer favorablement pour des scores compris entre 25 % et 50 % en cas de démarche de progrès jugée sérieuse.
Qui peut candidater, et selon quel calendrier
Peut candidater toute personne morale (entreprise ou association) immatriculée depuis au moins un an, à jour de ses obligations fiscales et sociales, et dont le siège ou un site principal est implanté dans un QPV ou à proximité immédiate, une dérogation étant possible par le comité de labellisation dans ce second cas. L’éligibilité géographique peut être vérifiée via le système d’information géographique de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Le parcours de labellisation comprend une auto-évaluation en ligne, la constitution d’un dossier de candidature, un audit sur site réalisé par Afnor Certification (de deux jours pour les structures de moins de dix salariés à quatre jours pour celles de plus de 250 salariés, une certification existante comme l’ISO 9001 pouvant réduire cette durée), puis un passage devant le comité de labellisation, qui se réunit chaque mois. Le label est délivré pour trois ans, assorti d’un audit de maintien documentaire à 18 mois. Les délais annoncés varient selon les supports du porteur du label : le parcours global est présenté comme durant « 2 à 3 mois » en moyenne, tandis que la foire aux questions du site évoque un délai moyen de « 4 à 6 semaines » entre dossier complet et décision, une différence qu’il conviendra de clarifier auprès de l’association.
Des bénéfices pensés pour les deux côtés de la relation d’achat
Pour les TPE-PME labellisées, l’intérêt affiché est un référencement dans un annuaire national consulté, selon Quartiers d’Affaires, par environ 25 000 directions achats publiques et privées, une reconnaissance indépendante utile dans les réponses aux appels d’offres intégrant des critères ESG, ainsi qu’un accès au réseau et aux événements de Quartiers d’Affaires (dont le Forum économique des banlieues).
Pour les directions achats et RSE, le label est positionné comme un outil de diversification du sourcing fournisseurs et de fiabilisation du reporting extra-financier, avec des données vérifiées par un tiers indépendant utilisables dans le cadre des obligations CSRD. Jean-Luc Baras, directeur des achats du groupe Eiffage et président du CNA, cité par le porteur du label, présente le dispositif comme un moyen de sourcer « en confiance » des partenaires dans des territoires jusqu’ici peu visibles pour les acheteurs.
Un dispositif encore jeune, à l’adoption naissante
Moins d’un an après son lancement, le déploiement du label reste limité en nombre d’entreprises certifiées. Selon La Gazette des communes, huit mois après son lancement, seules deux entreprises avaient effectivement obtenu le label, Synergies Groupe (hygiène, propreté et sécurité, Bron) et Aconia (conseil en réponse aux appels d’offres, Le Chambon-Feugerolles), une dizaine d’autres candidatures étant alors en cours d’instruction. Synergies Groupe est présentée par le porteur du label comme la première entreprise labellisée « Made in Banlieue » de France.
Un sondage Ifop commandé par la Fédération bancaire française et Quartiers d’Affaires, cité au lancement du label, indique que 59 % des Français se disent prêts à acheter des produits ou services issus d’entreprises situées en QPV, un indicateur de perception qui ne mesure pas, à ce stade, l’adoption réelle du label par les acheteurs professionnels.
Points de vigilance pour les acheteurs
Plusieurs éléments méritent d’être gardés à l’esprit par une direction achats qui envisagerait de s’appuyer sur ce label :
- Un dispositif encore récent, dont le volume d’entreprises labellisées est à ce jour restreint, ce qui limite mécaniquement son usage comme critère de sourcing à grande échelle dans l’immédiat. Un modèle porté par une association et adossé à une offre commerciale : le porteur du label, Quartiers d’Affaires, facture un accompagnement à la labellisation, distinct des frais d’audit facturés séparément par Afnor Certification, les tarifs ne sont pas rendus publics sur le site et sont communiqués aux candidats dans le dossier de candidature.
- Une gouvernance multipartite mais pilotée par l’association fondatrice : le comité de labellisation associe des représentants d’organisations professionnelles et d’élus locaux, ce qui vise à en garantir la crédibilité, mais la décision finale relève d’une instance dont Quartiers d’Affaires est à l’origine. Le tiers de certification, Afnor Certification, est un organisme reconnu, ce qui distingue ce label d’une simple auto-déclaration et constitue un argument avancé par le porteur du label lui-même pour répondre aux critiques de « social washing ».
En résumé
Le label « Made in Banlieue » constitue une initiative récente mais structurée pour donner de la visibilité aux TPE-PME des quartiers prioritaires auprès des acheteurs publics et privés, en s’appuyant sur un référentiel détaillé et un audit par un organisme certificateur reconnu. Son caractère encore peu répandu, à peine plus d’une poignée d’entreprises labellisées à l’été 2026, en fait à ce stade un outil à suivre plutôt qu’un standard de marché établi. Les acheteurs souhaitant l’intégrer à leur politique de sourcing inclusif gagneront à vérifier directement auprès de Quartiers d’Affaires et d’Afnor Certification l’état d’avancement du dispositif et le détail de son modèle économique.
Lectures de référence et sources complémentaires :
Quartiers d’Affaires & Afnor Certification, communiqué de presse « Made in Banlieue : un label inédit pour valoriser les entreprises des quartiers prioritaires » https://www.afnor.org/api/file/uploads/CP_QA_AFNOR_label_made_in_banlieue_6db92cc638.pdf
Site officiel du label Made in Banlieue (référentiel, critères d’éligibilité, FAQ) https://madeinbanlieue.fr/
La Gazette des communes, « Marchés publics : un label pour “préférer” les entreprises de banlieue » https://www.lagazettedescommunes.com/etat-et-collectivites/politique-de-la-ville/marches-publics-un-label-pour-preferer-les-entreprises-de-banlieue.LTSLH34HWBCK5BEKGE3VTTXU2E.html
Le Journal des Entreprises, « L’association Quartiers d’affaires lance le label “Made in Banlieue” pour valoriser les entreprises des QPV » https://www.lejournaldesentreprises.com/breve/lassociation-quartiers-daffaires-lance-le-label-made-banlieue-pour-valoriser-les-entreprises-des-qpv-2132097
