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Hausse des prix et tensions de marché : ce que les acheteurs doivent retenir à mi-octobre 2026

Hausse Des Prix Et Tensions De Marché Ce Que Les Acheteurs Doivent Retenir à Mi Octobre 2026

Un choc énergétique à l’origine de la tension

Le point de départ est géopolitique, le 28 février 2026, des frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont interrompu le trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime, entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, acheminait avant le conflit environ 20 millions de barils de brut par jour, soit à peu près un cinquième de la consommation mondiale. Il voit aussi transiter une part importante du gaz naturel liquéfié (GNL) échangé dans le monde. Plusieurs analyses décrivent cette fermeture de fait comme la plus importante perturbation de l’approvisionnement énergétique depuis les années 1970.

Les marchés ont réagi immédiatement, le Brent a franchi les 100 dollars le baril le 8 mars, pour la première fois depuis quatre ans. Début octobre, il évoluait encore autour de 107 dollars, faute de progrès dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran. Les États consommateurs ont puisé dans leurs réserves. Le 11 mars, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé un plan de libération de 400 millions de barils. Selon elle, environ 325 millions de barils de pétrole et de produits raffinés ont été mis sur le marché depuis, soit 80 % de l’engagement initial. Le 2 octobre, le G7 a ajouté 100 millions de barils sur quatre mois, avec une priorité donnée au diesel. Ces volumes, additionnés, correspondent à environ quatre jours de consommation mondiale. Les réserves stratégiques amortissent donc le choc sans le résorber.

Carburants : un gazole plus cher que l’essence

Selon des relevés quotidiens, les prix moyens en France s’établissaient le 15 octobre à 2,360 €/L pour le gazole, 2,172 €/L pour le SP95-E10 et 2,276 €/L pour le SP98. Depuis le début du mois, le gazole oscille entre 2,35 et 2,38 €/L, sans véritable détente. Le SP95-E10 est passé de 2,166 €/L le 4 octobre à 2,172 €/L le 15. Le GPL (1,064 €/L) et le superéthanol E85 (0,915 €/L) restent nettement moins chers. Pour un acheteur de transport ou de flotte, le gazole est le poste le plus exposé. Il alimente les camions, les utilitaires et la plupart des engins professionnels, et son prix dépasse désormais celui de l’essence.

Les pouvoirs publics ont réagi, car le 7 octobre, le Premier ministre a annoncé la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, sur trois mois, dans le cadre de l’action coordonnée du G7. Selon le gouvernement, la France dispose d’un stock stratégique de 100 millions de barils, soit 118 jours d’importations, dont la moitié en gazole. Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et serait cédé au prix de revient. L’exécutif en attend une baisse de 12 à 18 centimes par litre à la pompe dès le 1er novembre, soit 8 à 10 euros d’économie sur un plein moyen de diesel.

Cette estimation reste une prévision, plusieurs commentateurs jugent l’effet incertain, car les prix à la pompe dépendent aussi des cours internationaux du gazole, des marges de raffinage et de distribution, et de la fiscalité. La mesure est donc un stabilisateur possible, pas une garantie de baisse.

Inflation : l’énergie tire l’indice

L’Insee a publié le 30 septembre une estimation provisoire : les prix à la consommation augmenteraient de 3,0 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août. C’est le niveau le plus élevé depuis février 2024. L’indice harmonisé, utilisé pour les comparaisons européennes, atteint 3,4 %, contre 2,6 % en août.

L’énergie est le premier moteur de cette accélération, ses prix progressent de 21,2 % sur un an, après 16,7 % en août, sous l’effet des produits pétroliers et du gaz. Les produits frais contribuent également à la hausse. Avant le déclenchement de la guerre, l’inflation était d’environ 1 % sur un an. Deux nuances s’imposent : d’abord, sur un mois, les prix reculent de 0,3 % en septembre, ce qui indique que la hausse annuelle reflète en partie le niveau déjà atteint. Ensuite, ces chiffres sont provisoires et peuvent être révisés. Côté demande, l’Insee relève un repli de 0,5 % de la consommation de biens des ménages en août, principalement lié à l’énergie. Pour les acheteurs, cela annonce des clients plus prudents et des négociations tarifaires plus tendues dans plusieurs filières.

Gaz : une entrée en hiver sous tension

Le TTF néerlandais, référence européenne du gaz, a atteint 87,43 €/MWh le 13 octobre, son plus haut niveau depuis décembre 2022. Il évoluait autour de 29 €/MWh au début de l’année, ce qui représente un peu plus qu’un triplement. Sur le marché français, le PEG affichait environ 79,8 €/MWh pour livraison en novembre au 12 octobre.

Deux facteurs expliquent cette tension :

  • L’offre de GNL : Le Qatar représente environ 20 % de la production mondiale. Ses livraisons vers l’Europe ont reculé d’environ 65 % sur les neuf premiers mois de l’année, selon un suivi sectoriel. Elles sont en partie compensées par des importations accrues de GNL russe (+60 %) et américain (+3,6 %). Cette substitution pose elle-même question, car un projet d’embargo européen sur le GNL russe est prévu pour janvier 2027.
  • Le stockage : Les réserves européennes sont remplies à 73,75 %, contre 83 % un an plus tôt et 89 % en moyenne sur cinq ans. La situation est plus tendue en Allemagne, autour de 60 %. La France était mieux placée début septembre, à 73,4 %, contre 54,2 % pour l’Allemagne.

Rabobank anticipe 72 €/MWh pour le quatrième trimestre, puis un retour vers le milieu de la fourchette des 40 € en 2027, en considérant les perturbations comme transitoires. Citi retient 56 €/MWh pour le même trimestre. D’autres scénarios, plus pessimistes, évoquent des niveaux nettement supérieurs si l’hiver est rigoureux ou si l’offre qatarie ne revient pas.

Pour les contrats à prix repère, la hausse se répercute avec retard. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) relève un prix repère de 182,88 €/MWh TTC en octobre, son plus haut depuis la création de l’indicateur en juin 2023. Sa référence d’approvisionnement est passée de 29,84 €/MWh en avril à 61,22 €/MWh en octobre et suit les prix de gros avec environ deux mois de décalage. Elle n’est plus redescendue sous 40 €/MWh depuis mai. La hausse d’octobre est chiffrée à 5,28 € TTC en moyenne sur la facture mensuelle des offres concernées. Les acheteurs dont les contrats sont indexés sur le gaz doivent donc s’attendre à de nouvelles hausses d’ici l’hiver, même si les cours de gros se stabilisent.

Transport et logistique : des surcoûts en cascade

Le choc énergétique s’est diffusé aux coûts logistiques par trois canaux : le carburant, le risque de guerre et les détours.

  • Maritime : Dès début mars, les armateurs ont appliqué des surcharges exceptionnelles. D’après un décryptage sectoriel, CMA CGM a instauré une surcharge conflit de 2 000 à 4 000 dollars par conteneur et Hapag-Lloyd une surcharge de risque de guerre de 1 500 dollars par EVP. MSC a pour sa part déclaré le 3 mars une « fin de voyage » pour les marchandises à destination du Golfe, avec une surcharge de 800 dollars par conteneur. Plusieurs centaines de milliers d’EVP auraient été immobilisés dans la région, et le contournement par le cap de Bonne-Espérance allonge les trajets de 10 à 15 jours selon la même source.
  • Route : Selon le Comité national routier (CNR), le poste carburant a augmenté d’environ 21 % sur les lignes les plus exposées dès la mi-mars. Un transporteur a ainsi relevé sa surcharge carburant de 35 % à 38 % au 1er avril.
  • Express et colis : Les suppléments carburant atteignaient environ 29 % chez UPS France début mai et chez GLS en avril, avec des pointes jusqu’à 50 % selon les transporteurs, les services et les périodes.

Ces relevés datent pour l’essentiel du printemps. Ils illustrent le mécanisme, mais les barèmes actuels doivent être vérifiés auprès de chaque prestataire. Pour les acheteurs, l’effet apparaît d’abord dans les clauses carburant, les tableaux de surcharges et la durée de validité plus courte des offres, plus que dans une ligne dédiée à la crise.

Pistes pour les directions achats

Ces pistes relèvent de la pratique courante et ne constituent pas un avis juridique:

Indexer sur des références publiques : Il est recommandé d’indexer les clauses carburant sur un benchmark public et clairement défini, comme le Weekly Oil Bulletin de la Commission européenne ou une référence nationale du gazole. Une clause précise l’assiette (la part du prix soumise à variation), l’indice, la période de référence et la fréquence de révision. Elle évite aussi les débats sur la base de calcul.

Raccourcir la validité des offres et suivre les signaux de coût par flux de transport : Ce suivi est plus utile que la découverte d’un écart à la réception de la facture mensuelle.

Vérifier la solidité des clauses : Selon une analyse d’avocat, une clause indexant le prix sur l’inflation générale peut être réputée non écrite, et c’est alors le prix ferme initial qui continue de s’appliquer. Comparer un indice de janvier 2024 à celui de septembre 2026 pour une révision trimestrielle crée aussi une distorsion. Pour le transport routier, la même analyse mentionne une révision légale du prix, de plein droit, en fonction du carburant. Une clause de renégociation (« hardship »), déclenchée lorsqu’un poste de coût varie au-delà d’un seuil, par exemple 10 %, complète utilement le dispositif. L’imprévision (article 1195 du Code civil) reste un recours de dernier ressort : elle suppose un changement de circonstances imprévisible à la signature et conduit d’abord à une renégociation.

Dater ses contrats : Un contrat signé avant ou après fin février 2026 ne se lit pas de la même façon pour la répartition du risque. Un prix ferme, une clause de révision carburant ou un Incoterm mettant le fret à la charge de l’acheteur sont autant d’acceptations de risque. Il faut identifier l’obligation précise : livrer à une date et par une route données, ou seulement acheminer ; payer un prix ferme ou un fret révisable.

Cartographier ses expositions : Gazole, gaz, fret maritime, surcharges et contrats indexés ne pèsent pas de la même façon selon les catégories d’achats. Une revue par poste, avec les échéances de renégociation, permet de hiérarchiser les actions.

La hausse des prix touche à la fois les carburants, le gaz, la logistique et l’indice général. Le marché reste très dépendant de l’évolution du détroit d’Ormuz et des négociations entre les États-Unis et l’Iran. Les réserves stratégiques atténuent la tension sans la supprimer, et les effets sur les contrats indexés se feront sentir avec retard, notamment pour le gaz. La prudence impose de privilégier des clauses d’ajustement claires plutôt que des paris sur un retour rapide à la normale.

Background Reading and Additional Sources: 

Frappes du 28 février, flux d’environ 20 Mb/j : https://www.fornomad.fr/comment-la-crise-des-carburants-booste-les-ventes-de-voitures-electriques-c-est

Brent à environ 107 $ et G7 (100 Mb) : https://be.headtopics.com/news/crise-energetique-le-g7-libere-jusqu-a-100-millions-de-88391235

Prix du 15 octobre (Roole Data) : https://media.roole.fr/quotidien/au-volant/prix-des-carburants-voici-les-tarifs-en-france-ce-jeudi-15-octobre-2026

Prix du 4 octobre : https://media.roole.fr/quotidien/au-volant/prix-des-carburants-voici-les-tarifs-en-france-ce-dimanche-4-octobre-2026

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